Les dermatologues font-ils fausse route ? ZOOM sur le coton
Donnons la parole à notre peau -
La peau qui parle
La peau a son propre langage : elle s’exprime lorsqu’elle rougit, démange ou desquame. Elle communique son mal-être. Ces signes sont des alertes auxquelles il faut être attentif. Si la peau agit de manière autonome, il est parfois nécessaire de l’aider à s’apaiser.
L’origine de son mal-être se cache souvent dans le vestiaire ! Certains textiles frottent, irritent, enflamment. Chez les personnes souffrant d’eczéma, dont la peau est particulièrement bavarde, les dermatologues s’accordent à recommander le port de vêtements en coton. Mais le coton mérite-t-il vraiment sa réputation de refuge pour les peaux sensibles ?
Partie 1 : Origines du coton
Le coton est une fibre naturelle issue des capsules du cotonnier, un arbuste aux flocons blancs appartenant à la famille des Malvacées.
Son usage textile est attesté dès les plus anciennes civilisations. Des archéologues ont retrouvé des fragments de tissus en coton vieux de 8 000 ans dans la vallée de l’Indus, au Pakistan, et de 7 200 ans au Mexique. Cultivé en Inde depuis au moins 3000 ans av. J.-C., le coton s’est ensuite diffusé progressivement vers le Moyen-Orient, l’Afrique, puis l’Europe [1].
Aujourd’hui, le coton est cultivé dans plus de 80 pays, principalement dans les zones tropicales et subtropicales. L’Inde, la Chine, les États-Unis, le Brésil et le Pakistan représentent, à eux seuls, plus de 75 % de l’offre mondiale. Chaque année, environ 25 millions de tonnes de fibres de coton sont produites, faisant du coton la fibre naturelle la plus utilisée au monde et la deuxième fibre textile, après le polyester [2].
Mais avant de devenir un vêtement, la fibre brute traverse une longue chaîne industrielle : égrenage pour séparer les fibres des graines, cardage pour les démêler et les aligner, filage pour les tordre en fil continu, puis tissage ou tricotage pour former l’étoffe.
C’est l’étape finale, l’ennoblissement, qui retiendra particulièrement notre attention : blanchiment, teinture, traitements y introduisent une série de substances chimiques dont le présence interroge, sur ce textile naturel.
Partie 2 - Derrière la douceur
Le coton bénéficie souvent d’une image rassurante, liée à son origine végétale. Pourtant, sa culture et sa transformation comptent parmi les activités textiles les plus polluantes au monde.
Une fibre naturelle aux allures chimiques
Le cotonnier est particulièrement sensible aux parasites et aux maladies, ce qui le rend dépendant de traitements chimiques tout au long de son cycle de vie. Sa culture mobilise près de 25 % des pesticides et 10 % des herbicides utilisés mondialement, pour seulement 2 à 3 % des terres cultivées [3]. Ces substances contaminent les sols, les nappes phréatiques et les cours d’eau, fragilisant durablement les écosystèmes locaux.
Pour accroître les rendements, les cotonniers sont par ailleurs largement génétiquement modifiés. Depuis 2012, plus de 50 % des plants cultivés dans le monde sont des OGM, une proportion qui atteint 90 % en Inde et 80 % en Chine [4].
Le coton a soif… et la terre aussi
Il faut entre 8000 et 10000 litres d’eau pour produire un kilogramme de fibres, soit l’équivalent de 70 douches pour un seul t-shirt [5]. Cette irrigation massive détourne les rivières et les nappes phréatiques dans des régions déjà en tension hydrique. La mer d’Aral, autrefois l’un des plus grands lacs de la planète, en est l’illustration la plus frappante : en quarante ans, elle a perdu 75 % de sa superficie et 90 % de son volume [6] [7].
Ennoblissement, dénaturer pour rendre beau
L’ennoblissement textile mobilise des dizaines de produits chimiques : soude, chlore, ammoniaque, métaux lourds. 20 % de la pollution mondiale des eaux serait imputable à ces procédés [5].
Victimes invisibles de la mode
Les travailleurs et les riverains des zones de culture sont directement exposés à ces pesticides. Certains, interdits en Europe, restent d’usage courant en Asie. Dans le Pendjab indien, le nombre de cancers a progressé de plus de 50 % entre 2001 et 2016. Un lien entre cette exposition et certains troubles du développement est d’ailleurs suspecté [8].
Partie 3 : Pollution cutanée : le coton est-il vraiment l’allié des peaux sensibles ?
Le coton est souvent présenté comme la matière de référence pour les peaux sensibles. Doux, respirant et d’origine naturelle, il est fréquemment recommandé aux personnes souffrant d’eczéma ou de dermatite atopique. Pourtant, cette réputation mérite d’être nuancée. Si la fibre de coton brute est généralement bien tolérée, les traitements qu’elle subit et sa structure même peuvent, dans certains cas, s’avérer problématiques.
Un tissu cutané perturbé
Comme évoqué, avant d’arriver dans notre vestiaire, les textiles en coton subissent de nombreuses transformations. Ces procédés impliquent des substances potentiellement irritantes dont des traces peuvent persister dans les fibres et se déposer directement sur la peau au porter. Ces résidus chimiques peuvent favoriser rougeurs, démangeaisons ou dermatites de contact, le langage d’une peau bouleversée. De plus, certains de ces composés sont aujourd’hui reconnus comme perturbateurs endocriniens : ils interfèrent avec le système hormonal.
Une peau irritée
Même sans traitement chimique, le coton n’est pas totalement neutre pour la peau. Ses fibres, courtes et irrégulières, présentent des aspérités microscopiques susceptibles d’accroître les frottements contre l’épiderme [9]. Chez les patients atteints de dermatite atopique, cette irritation mécanique peut aggraver l’inflammation et intensifier les démangeaisons. Certaines études ont d’ailleurs montré que l’utilisation d’un assouplissant textile améliorait l’eczéma, ce qui suggère que la rugosité des fibres joue un rôle dans l’irritation cutanée [10].
a. Les fibres de coton sont courtes et irrégulières, leurs extrémités forment de petites aspérités dans le textile. VS b. Les filaments de soie sont réguliers, arrondis et très longs. Le textile ne présente pas d’aspérité et procure une sensation douce et soyeuse.La comparaison au microscope est éloquente : alors que les fibres de coton présentent une surface irrégulière et hérissée, les filaments de soie apparaissent longs, lisses et réguliers, réduisant ainsi nettement la friction contre l’épiderme.
Un épiderme asséché
Paradoxalement, la grande capacité d’absorption du coton, souvent présentée comme une qualité, peut devenir un inconvénient pour les peaux sèches. Le coton est capable d’absorber non seulement la transpiration, mais aussi le sébum et le film hydrolipidique, protection naturelle de la peau, altérant ainsi une barrière cutanée déjà fragilisée.
Partie 4 : Notre ordonnance textile
Pour les peaux atopiques, le choix du textile ne peut donc pas se résumer à l’étiquette 100 % coton. Le coton n’est pas une matière à bannir, mais d’autres matières, longtemps ignorées par la dermatologie, méritent aujourd’hui d’être sérieusement considérées.
La soie au service de la peau
Utilisée depuis des millénaires, la soie revient aujourd’hui sur le devant de la scène dermatologique. Contrairement au coton, ses filaments sont longs, continus et d’une régularité remarquable. Cette structure lisse génère moins de frictions contre l’épiderme, réduisant ainsi l’irritation mécanique chez les peaux sensibles.
D’autre part, la soie possède une affinité avec la peau qui lui confère des propriétés hypoallergéniques ainsi qu’une capacité à soutenir la barrière cutanée plutôt qu’à l’altérer. Et ses propriétés thermorégulatrices en font un textile adapté à une peau dont la réactivité varie avec la température.
Notre prescription
C’est parfois coton d’adapter son vestiaire aux contraintes de sa peau et de choisir des vêtements compatibles avec ses exigences cutanées, en reléguant l’esthétique au second plan. Deuxième peau a conçu des sous-vêtements pour les peaux qui parlent, qu’elles soient loquaces ou qu’elles chuchotent, car nous sommes à votre écoute, et à l’écoute de votre peau.
Posologie
Comme toute ordonnance, celle-ci s’accompagne de recommandations d’usage. Nos tubes tubes et nos manchettes de protection se portent de jour comme de nuit, pour une durée maximale de 12 heures avant d’être remplacés. Un lavage est recommandé entre chaque utilisation.
Pour en connaître d’avantage sur les pratiques vestimentaires à adopter :
- Eczéma Sévère et Vêtements : Les 5 Erreurs à Éviter (et Comment Deuxième Peau® Peut Vous Aider)
- Pourquoi éviter les matières synthétiques si vous avez la peau sensible ?
Sources :
[1] CIRAD. (s. d.). Coton : plantes et usages. Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.
[2] Textile Exchange. (2025). Materials market report 2025.
[3] Combe, M. (2014, 18 avril). L’industrie textile du coton, des impacts à tous les niveaux. Natura Sciences.
[4] Encyclopædia Universalis. (s. d.). Coton.
[5] ADEME. (2025, 25 septembre). La mode sans dessus-dessous. Agir pour la transition écologique.
[6] France Inter. (2021, 20 avril). Une mer quasiment asséchée est en train de renaître. Radio France.
[7] Dias-Alves, M. (2017, 9 novembre). Disparition de la mer d’Aral : les causes d’un désastre écologique. National Geographic France.
[8] Franceinfo. (2016, 21 octobre). Conso : la face cachée du coton. Franceinfo.
[9] Senti, G., Steinmann, L. S., Fischer, B., Kurmann, R., Storni, T., Johansen, P., Schmid-Grendelmeier, B., Wüthrich, B., & Kündig, T. M. (2006). Antimicrobial silk clothing in the treatment of atopic dermatitis proves comparable to topical corticosteroid treatment. Dermatology, 213(3), 228–233.
[10] Hermanns, J. F., Goffin, V., Arrese, J. E., Rodriguez, C., & Piérard, G. E. (2001). Beneficial effects of softened fabrics on atopic skin. Dermatology (Basel, Switzerland), 202(2), 167–170.
Article : © Agathe Radouant, ingénieure textile
```
